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Le roman rouge – Tome I

« Le roman rouge répond en dérision, et il lui arrive de dire « Si vous voulez rassembler, cessez de me mettre à l’écart. »

Le roman rouge est une tache rouge qui éclabousse et salit la page blanche, le roman rouge est comme une goutte de sang sur le drap, mais il n’y est nullement question de virginité, et l’on pourrait se demander si ce n’est pas le blanc qui macule le rouge. Le roman rouge installe l’émotion selon laquelle au départ il n’y a pas d’innocence, le roman rouge est entre la cruauté de la chair et la fouille des corps, il ouvre les blessures, empêche les coutures et les guérisons. À sa façon le roman rouge écrit crûment la cruauté et ses mots sont crus, dans le roman rouge il n’est pas question de croire.

Si le roman rouge est politique, c’est parce que la bouteille d’encre rouge est politique, ici, nulle trace de souvenir, mais simplement l’opération vivante qui opère dans le cheminement politique. Ici, il n’est pas question de miroir, de souvenir ou de règlement de compte, non, plus simplement il est question de la nature humaine, de son écorchement, d’une peau qui se sépare de la chair. Dans le roman rouge, la politique rejoint la poétique, c’est le même mot, la même fabrication, la même production. On peut même dire que dans le roman rouge il y a un champ de fleurs rouges, qui partent de la même racine, ce sont peut-être des coquelicots au milieu d’un champ de blé. Le roman rouge n’est pas l’occasion d’un savoir, d’un porté à connaissance, il est à lui-même sa vraie naissance, il est à lui-même son mouvement et ne se pose ni la question du vrai ni la question du faux.

À propos de l’auteur

Jean-Joël Lemarchand, né en 1947, a reçu une formation philosophique et littéraire qui, très tôt, lui a donné l’amour des mots et, plus que leur sens, l’amour de leur son.

Du même auteur

États des lieux
La valse des fragments
Morceaux de chairs
Mots rebelles, vies nouvelles
Le roman rouge – Tome II
Poussières – Tome II
Poussières Tome I
Bains de Manche, bains de mots
Un pas sage des mots s’en va-t-en Manche

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